26/04/2012

L'Amour ( Khalil Gibran )

Lorsque l’amour vous fait signe, suivez-le.

Bien que ses chemins soient escarpés et sinueux.

Et quand ses ailes vous étreignent, épanchez-vous en lui,

En dépit de l’épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.

Et dès lors qu’il vous adresse la parole, croyez en lui,

Même si sa voix fracasse vos rêves, comme le vent du Nord saccage les jardins.

 

Car, comme l’amour vous coiffe d’une couronne, il peut aussi vous clouer sur une croix.

Et, de même qu’il vous invite à croître, il vous incite à vous ébrancher.

Autant il s’élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil,

Autant cherche-t-il à s’enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre.

 

 

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Pareilles à des brassées de blé, il vous ramasse et vous enlace.

Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu,

Il vous passe au tamis pour vous libérer de votre bale.

Il vous moud jusqu’à la blancheur.

Et il vous pétrit au point de vous assouplir.

Puis il vous livre à son feu vénéré, afin que vous deveniez pain sacré pour le saint festin de Dieu.

Voilà tout ce que l’amour fera en vous afin que vous puissiez déceler les secrets de votre cœur et devenir ainsi un fragment du cœur de la Vie.

Mais si dans votre crainte vous ne recherchiez que la paix et le plaisir de l’amour,

Alors il serait préférable pour vous de couvrir votre nudité, de quitter l’aire de battage de l’amour,

Et de vous retirer vers un monde sans saisons,

Où vous pourrez rire sans laisser jaillir tous les éclats de votre rire,

Où vous pourrez pleurer sans jamais libérer toute l’amertume de vos larmes,

L’amour ne donne rien que lui-même et ne prend rien que de lui-même,

Il ne peut posséder et ne peut être possédé,

Car l’amour suffit à l’amour,

Lorsque vous aimez, ne dites pas :

« Dieu est en mon cœur »

Dites plutôt :

« Je suis dans le cœur de Dieu »

Et ne croyez pas que vous puissiez diriger le cours de l’amour,

Car si l’amour vous trouve digne, lui-même guidera votre cœur.

 

L’amour n’a point d’autre désir que de s’accomplir,

Mais si vous aimez et devez éprouver des désirs, que ceux-ci soient les vôtres :

Fondre en un ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit,

Connaître la douleur d’un flot de tendresse,

Être blessé par votre propre perception de l’amour,

Et laisser couler votre sang volontairement et joyeusement,

Vous réveiller à l’aube avec un cœur ailé et rendre grâce à Dieu pour cette nouvelle journée d’amour,

Vous reposer à midi et méditer sur l’extase de l’amour,

Regagner votre foyer au crépuscule en remerciant le ciel

Puis vous endormir avec une prière pour l’être aimé en votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres

 

( Khalil Gibran, " Le Prophète "  )

23/04/2012

Compagnonnage Amoureux, Mariage ( Gibran )

Ensemble vous êtes nés et ensemble vous vivrez à jamais.

Et ensemble vous resterez, lorsque les ailes blanches de la mort sèmeront vos jours à la volée,

Et toujours ensemble vous demeurerez, même dans la mémoire silencieuse de Dieu,

Mais sur votre chemin commun, créez des espaces et laissez-y danser les vents du firmament,

 

Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une alliance qui vous enchaîne l’un à l’autre,

Que l’amour soit plutôt une mer qui se laisse bercer entre vos âmes, de rivages en rivages.

Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à une seule et même coupe.

Partagez votre pain, mais du même morceau ne mangez point,

Dans la joie, chantez et dansez ensemble, mais que chacun de vous soit seul

Comme chacune des cordes du luth est seule alors qu’elles frémissent toutes sur la même mélodie

Offrez l’un à l’autre votre coeur, mais sans en devenir le possesseur

Car seule la main de la Vie peut contenir vos coeurs,

Et dressez-vous côte à côte, mais pas trop près,

Car les piliers qui soutiennent le temple se dressent séparés,

Et le chêne ne s’élève point dans l’ombre du cyprès

 

Khalil Gibran  « Le Prophète »