03/04/2013

La Fonction de l'Orgasme - Nouvelle Traduction ( texte de C.I Angelliaume )

On peut souligner les confusions pour en faire des recommandations ou poser des questions, car ces confusions apportent des déboires qui ne sont pas négligeables. Le rejet de la sexualité, qui passe par celui de la sexuation (le fait d'être pourvu d'un des deux sexes et, en conséquence, des spécificités qui lui sont liées) fait accepter que la satisfaction que l'on en requière est suffisante telle qu'elle se présente à nous, lors de telles circonstances, dans un tel contexte et suivant de telles justifications. Et pour cause, puisqu'on a posé antérieurement comme maladie psychique, non pas cette satisfaction amoindrie, mais le fait qu'on cherche à l'obtenir à travers de tels moyens : passer outre que l'on soit sexué d'un seul des deux sexes et de craindre soit le sien, soit l'autre.

 

À mon avis, c'est une erreur due à l'époque, qu'il faut sans doute rectifier, non plus d'un point de vue de la maladie, mais du choix pragmatique opté pour obtenir une satisfaction et qui pèse la qualité de cette satisfaction. Cela laisse un champ expérimental indispensable à l'aventure humaine, mais cela recadre aussi le bien-être bio-psychique d'un point de vue social, puisqu'une option adoptée par plus d'un couple de personnes qui s'en revendique entre dans le fait social.

 

Dans DFDO-1927, Wilhelm Reich montre, en s'appuyant sur des observations de ses contemporains impliqués dans la psychanalyse de S. Freud et sur les siennes propres, que cette satisfaction qui reste à un stade embryonnaire, relève de la crainte de l'atteindre dans son plein déploiement ; et en conséquence, qu'en est tributaire la nature des relations que cette satisfaction parcellaire corrobore de socialité, de contact à autrui dans la vie qui court, ainsi que la force qu'il nous reste de l'atteindre au plus puissant, au plus bouleversant. 

 

Cette crainte oriente la personne vers des choix qui l'en poseront en abri, plus sécuritairement, du fait qu'elle contient, énergiquement, cette scorie de satisfaction comme source d'énergie à cette angoisse et permet mécaniquement d'éviter une implication plus émouvante. Le problème se situe là : à la fois l'origine de cette source d'énergie — originellement positive, poussant  vers autrui — qui nourrit l'angoisse et défend en même temps de s'en défaire, de passer outre la paralysie qu'elle provoque tant qu'elle n'est pas reconnue ; encore que, bien souvent, reconnue — ou plutôt "ressentie" —,  elle sert à la provocation d'émotions subsidiaires qui n'apportent que peu de solutions à ce problème.

 

On comprend alors que les choix sexuels que la société, pour se disculper de son manque de conscience d'une satisfaction qui apporte assez peu de bonheur que ce soit socialement, affectivement ou du point de vue de ses productions délétères, destructrices et nauséabondes, comme acceptation par les gens de ces faits comme allant de soi, indispensables mêmes, quoique gênants, parfois — veillent se concrétiser dans une théorie de "choix", en précise l'existence dans des concepts qui permettent de les justifier. Le dernier en date : le "genre" qui stipule que la sexualité, tout en étant une composante de base, physique, de la personne, est un sous-produit social, car elle se manifeste "socialement" dans tel ou tel choix de comportement adopté en vue d'atteindre la satisfaction "sexuelle". C'est sans aucun doute contourner le problème de la satisfaction du point de vue du bouleversement émotif suffisant pour dissoudre l'angoisse existentielle, en ce sens où elle n'apparaît plus que sous cette forme sociale "permise" ; tandis qu'on veut bien oublier que cette société tient précisément sur les jambes d'une telle satisfaction "permise". 

 

En faisant court, "la théorie du genre" qui, à l'origine tentait de comprendre le comportement des gens en tant qu'êtres sociaux sexués, en devient une justification de satisfaction permise par cette société ; on sait à quoi cela correspond puisque l'intérêt de cette société n'est pas la satisfaction sexuée bouleversante, mais bien au contraire, celle qui évite la sexuation (le fait d'être doté d'un des deux sexes et des spécificités qui lui sont liées) de sorte à concentrer toute l'affectivité dans les rapports de marchandises dont on devient, soi, un représentant, et l'organisation sociale afférente : le spectacle, ce rapport en choses à travers des images, même les émotions. Il n'y est plus posé le refus de sa propre sexuation en vue d'éviter son mélange avec l'autre (et le seul autre) sexe comme question de santé affective, de santé publique, mais au contraire de poser cette forme de satisfaction comme "la seule" satisfaction possible. C'est sans aucun doute une erreur de jugement. Cette erreur a été détecté par plusieurs psychanalystes du début du siècle dernier, et Wilhelm Reich, dans cet ouvrage, la démontre avec une acuité saisissante en prenant pour base la fonction de l'orgasme qu'il décrit précisément.

 

Christian Isidore Angelliaume

 

Animateur du site ( incontournable )  Acorgone ( Association pour la Connaissance de l'Orgone ) [ Acorgone ]

 

Que je remercie chaleureusement de m'autoriser à publier cette introduction à la nouvelle traduction de cet œuvre centrale qu'est la Fonction de l'Orgasme

 

Le livre est téléchargeable librement à l'adresse suivante :

lesatomesdelame.narod.ru

 

 

 

 

 

 

26/04/2012

L'Amour ( Khalil Gibran )

Lorsque l’amour vous fait signe, suivez-le.

Bien que ses chemins soient escarpés et sinueux.

Et quand ses ailes vous étreignent, épanchez-vous en lui,

En dépit de l’épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.

Et dès lors qu’il vous adresse la parole, croyez en lui,

Même si sa voix fracasse vos rêves, comme le vent du Nord saccage les jardins.

 

Car, comme l’amour vous coiffe d’une couronne, il peut aussi vous clouer sur une croix.

Et, de même qu’il vous invite à croître, il vous incite à vous ébrancher.

Autant il s’élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil,

Autant cherche-t-il à s’enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre.

 

 

I-11-11- 053.jpg

 

 

Pareilles à des brassées de blé, il vous ramasse et vous enlace.

Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu,

Il vous passe au tamis pour vous libérer de votre bale.

Il vous moud jusqu’à la blancheur.

Et il vous pétrit au point de vous assouplir.

Puis il vous livre à son feu vénéré, afin que vous deveniez pain sacré pour le saint festin de Dieu.

Voilà tout ce que l’amour fera en vous afin que vous puissiez déceler les secrets de votre cœur et devenir ainsi un fragment du cœur de la Vie.

Mais si dans votre crainte vous ne recherchiez que la paix et le plaisir de l’amour,

Alors il serait préférable pour vous de couvrir votre nudité, de quitter l’aire de battage de l’amour,

Et de vous retirer vers un monde sans saisons,

Où vous pourrez rire sans laisser jaillir tous les éclats de votre rire,

Où vous pourrez pleurer sans jamais libérer toute l’amertume de vos larmes,

L’amour ne donne rien que lui-même et ne prend rien que de lui-même,

Il ne peut posséder et ne peut être possédé,

Car l’amour suffit à l’amour,

Lorsque vous aimez, ne dites pas :

« Dieu est en mon cœur »

Dites plutôt :

« Je suis dans le cœur de Dieu »

Et ne croyez pas que vous puissiez diriger le cours de l’amour,

Car si l’amour vous trouve digne, lui-même guidera votre cœur.

 

L’amour n’a point d’autre désir que de s’accomplir,

Mais si vous aimez et devez éprouver des désirs, que ceux-ci soient les vôtres :

Fondre en un ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit,

Connaître la douleur d’un flot de tendresse,

Être blessé par votre propre perception de l’amour,

Et laisser couler votre sang volontairement et joyeusement,

Vous réveiller à l’aube avec un cœur ailé et rendre grâce à Dieu pour cette nouvelle journée d’amour,

Vous reposer à midi et méditer sur l’extase de l’amour,

Regagner votre foyer au crépuscule en remerciant le ciel

Puis vous endormir avec une prière pour l’être aimé en votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres

 

( Khalil Gibran, " Le Prophète "  )